Mese: Ottobre 2009

MANUEL DU BON RELIGEUX DE CAFE’ 4ère

 

 
 
Religion  de  Café
4.
 

 
 
 
QUATRIÈME CHAPITRE
 
Conclusion.
 
Il sera peut-être utile, dans le but d’améliorer la compréhension de ce répertoire, de résumer ce que l’on a voulu affirmer dans les trois fichiers précédents.
On a écrit que l’intuition de Dieu, dans l’esprit des hommes antiques, avait acquis de la conscience en conséquence de la découverte des phénomènes naturels que nous pouvons considérer encore aujourd’hui "Lois de Dieu". De tels phénomènes n’étaient pas encore nécessairement  étonnants, ni sublimes, mais se référaient à n’importe quel genre de découverte (d’ "altération des choses", de "mouvement "), et concernaient les faits normaux de la météorologie, de la biologie, de la physique, de la chimie, du corps de l’homme même, et de tout le reste. 
L’être humain, en effet, considérait partager de tels phénomènes, et réalisait de cette façon un rapport  personnel entre lui et la nature divine qu’il sentait exister, mais qu’il ne pouvait pas connaître.
On a en outre soutenu que la venue et le développement de sociétés tribales composées d’un nombre d’individus plus grand que les unités familiales primitives, ou amicales, ont conduit, à travers la construction des idoles qui y représentent les différentes communautés, à la modification de la valeur éthique à attribuer à la divinité. Dans le sens que, ce que dans les temps plus reculés on retenait l’intuition d’un Dieu "partie de nous", était ensuite devenue valeur d’un Dieu considéré "autre chose que nous". 
Le Dieu, en bref, a été connu, décrit, légalisé, institutionnalisé, et de cette façon ôté à la liberté de l’intuition de l’individu. Naturellement, pas dans toutes les sociétés de la même manière Ce genre de modification a été, dans ce répertoire, défini "recul", et on doit ce motif de ce jugement au fait que la description du Dieu tribal ne peut arriver à l’évidence de vérité non contradictoire et reproductible. Dans ce sens, la loi qui en découle ne peut avoir d’autre fondement qu’une justification éthique relative, ou partielle.
Rocco Fedele, dont nous avons publié ici un livre posthume que lui-même aurait probablement revisité, continuait justement sur ce chemin de recherche. Lui qui était – mieux que divulgateur ou "philosophe de la science" – un réel connaisseur de science et philosophie comprises en forme distincte, avait compris que les découvertes relativement récentes de la physique liées aux théories de la "relativité" et des "quanta" étaient en train de conduire à la conséquence logique de profondes modifications dans les domaines de la philosophie et des religions « usuelles ».
Extrait, de Rocco Fedele, Chapitre 1°, 1:
Quand on compare cet ordre avec les plus vieilles classifications qui appartiennent aux premiers stades de la science naturelle, on voit que le monde n’a pas été divisé aujourd’hui, pas en différents groupes d’objets, mais en différents groupes de connexions.
Dans une période plus ancienne de la science on distinguait, par exemple, comme groupes différents, minéraux, plantes, animaux, hommes. Ces objets étaient assumés par les différents groupes, comme comportement de forces diverses. 
Nous savons à présent qu’il s’agit toujours de la même matière, des mêmes différents composants chimiques qui peuvent appartenir à n’importe quel objet, à des minéraux comme à des animaux ou à des plantes ; même les forces qui agissent parmi les différentes parties de la matière son enfin les mêmes  dans chaque genre d’objets. Ce qui peut être distinct, c’est le type de connexion qui importe principalement à un certain phénomène.
Par exemple, quand nous parlons d’action de forces chimiques, nous entendons indiquer un type de rapport  plus compliqué, et en tout cas différent de celui exprimé dans la mécanique de Newton.
Le monde apparaît ainsi comme un tissu d’événements complexe, où des rapports de genre différent s’alternent, se superposent et se combinent en déterminant la structure du tout ».
 
La théorie des quanta suggère que la matière "formante" les formes corporelles, des formes les plus fortes et matérielles aux formes vivantes et précaires, auxquelles nous pouvons ajouter la matière intuitive de tout ce que nous voyons et nous ne connaissons pas, est réalisée dans la nature à travers les connexions de ses parties minimums de matière et d’énergie.
Tout cela, nous l’avons vu, invite la société moderne à se réapproprier de la compréhension des formes les plus antiques de la religiosité.
Nous ne pouvons de toute façon récriminer si, à un certain moment (pré-historique) de la façon de civiliser humaine, le concept du Dieu personnel a disparu et a été remplacé par celui du Dieu représentatif d’un certain degré de civilisation d’un peuple, ou de nombreux peuples. Cela fut certainement inévitable.
Un tel Dieu est encore aujourd’hui amplement justifié en termes de civilisation, mais pas encore en termes de vérité. 
La chose devrait nous conduire à reconnaître, à chaque modèle de civilisation du monde, un degré d’imperfection, et donc à admettre- pour tous – la possibilité d’amélioration et la non-justification de tout type de fondamentalisme.
En bref, la recherche de Rocco Fedele aboutit à un résultat évident : tout comme la religion des Antiques se développait à partir de la découverte graduelle des lois de la nature et se manifestait à travers le rapport direct "Dieu – personne individuelle humaine", (qui n’est devenu par la suite que "Dieu – Société"), il en est de même pour la conscience acquise qu’on doit toute la construction universelle à la modification de la même base quantique de matière, peut conduire à la reconnaissance de la valeur éthique primitive.
Disons : d’autres aussi affirment qu’ils y croient, mais ils sont ensuite contredits par la même limitation dogmatique, de l’espace et culturelle de la Société où ils vivent. Seul le rapport individuel et libre de la personne humaine comparée à sa divinité naturelle peut garantir la réalisation de la compréhension universelle entre les hommes.
En traduisant le tout en termes moraux, nous en tirons que le climat dans lequel nous sommes impliqués depuis la fin du vieux siècle, ne devrait plus concerner le concept vétuste de "valeur de civilisation" (occidentale, orientale, socialiste, libérale, chrétienne, islamique…) mais le concept de "type d’homme" orienté sur la recherche d’un Dieu plus fort et sur la découverte des conséquences logiques et pratiques qui dérivent de cela.
Je suis convaincu que, de ce point de vue, la culture institutionnalisée (et aussi la culture anti-institutionnelle, qui dérive directement de la première), resteront toujours quelques pas en arrière dans la compréhension de ces problèmes. C’est plutôt à l’homme actif, immergé dans son propre milieu de travail, qu’il reviendra de les comprendre et de pousser de façon autonome la société à les résoudre.
Pour le faire, il n’aura pas besoin de grandes révolutions, mais de prétendre qu’on ajoute, sans embrouille, au sens social de liberté, le plan éthique.
Pour obtenir cela, le système démocratique dans lequel nous vivons, est habitat suffisant. Enclencher la marche arrière serait une grave erreur.
Nous devons nous demander si l’amélioration de la démocratie "de l’intérieur" coûte des déceptions, une perte de temps et des défaites, l’amélioration de la démocratie "de dehors" (il y a beaucoup de forces qui la poursuivent) coûterait des tragédies.
Comme je l’ai déjà affirmé ailleurs, pour ce qui est de ma compétence, j’ai terminé.
 
Osimo, 31 décembre 2003.
Ré élaboration : août 2006.
 
F  I  N 
 
 
 
 

MANUEL DU BON RELIGEUX DE CAFE’ 3ère

 

 
 
 
Religion  de  Café
3.
 

 
 
 
 
    TROISIÈME CHAPITRE
 
    La Valeur et la Morale
 
 
La valeur que l’on considère ici est l’adhérence de la religion (de n’importe quelle religion) à la vérité.
Considérant que nous acceptons que des figurations et des résolutions différentes d’un même problème puissent exister (même contradictoires), toutes vraies de la même façon, nous nous limitons ici à observer que les différences importantes entre les diverses religions ne concernent pas les discordances entre cette preuve ou cette autre preuve de l’existence de Dieu, mais le comportement moral qu’on imposera ensuite au peuple, les règles déontologiques, les interprétations des différents livres, les préférences métaphysiques. Nous le précisons ici en nous référant en particulier aux religions monothéistes.
En ce qui concerne les religions panthéistes (nous voulons dire celles ayant de nombreux dieux, par exemple les religions indiennes) nous n’acceptons pas qu’elles soient considérées athées, comme on le lit ou on l’entend dire parfois. Cette “erreur”, disons, vient du fait qu’encore aujourd’hui on entend Dieu comme un vieux monsieur qui porte la barbe, qui commande plus que les autres. 
Si une pseudo religion  est définie "athée", comme par exemple c’est arrivé pour le confucianisme, ou au pythagorisme, celle-ci, en réalité, n’est pas une religion, mais une présentation de valeurs éthiques de nature plus ou moins laïque, prononcés directement, sans qu’il y ait eu auparavant, pour elles, une requête de sacralisation. La validité du discours mûrira successivement et pourra influencer, comme une vraie religion, sur les us et coutumes, et durer pendant des années.
 
Des valeurs religieuses provenant d’une unique source fondamentale peuvent produire des morales différentes, comme on en déduit des trois principales religions monothéistes. Celui qui suit notre répertoire de littérature (et même ceux qui ne le suivent pas – je me réfère au site www.rigocamerano.it) auront probablement lu la nouvelle des trois anneaux, que nous avons présentée aussi bien dans la version contenue dans le "Décaméron", que dans la version plus antique.
Il existe de toute façon, à ce propos, une difficulté  mise en évidence indirectement par le Pentateuque et directement par la surate coranique 112.
D’après la Surate, Dieu n’a pas engendré un autre Dieu. La religion juive n’admet même pas ce détail.
Le monothéisme, donc, n’aurait pas une racine commune, mais serait représenté par deux Dieux : le monothéisme du Pentateuque, reproduit dans la religion juive et dans l’Islam, et le monothéisme chrétien, qui a au contraire engendré Jésus. 
Il est vrai que les autorités ecclésiastiques catholiques soutiennent que " le Pentateuque doit être lu avec le regard du Christ, auquel il vise, et à la vie chrétienne à laquelle il prépare" (Bible de la Pieuse Société saint Paul, introduction au Pentateuque), mais, sans approfondir le théologique, la seule acceptation ou le refus de la loi du talion démentit  déjà cela, spécialement si on se réfère à l’époque actuelle.
En bref, comme chacun de nos lecteurs aura déjà mûri une propre façon de penser et de choisir, nous nous limiterons à présenter seulement le point de vue relatif à notre interprétation du terme "vérité".
 
Nous affirmons qu’il existe trois degrés de vérité, plus un.
 
La vérité sensible qui nous provient de la conscience d’être nés, de l’écoulement du temps et de la connaissance de la mort inévitable. Pour la démontrer il faut seulement être en soi ce qui suffit à un malade mental.
Cette certitude peut toutefois conduire à un problème métaphysique que l’on ne peut ni défendre ni démontrer, même s’il est licite : – les formes (en général, aussi bien les formes humaines que les autres) que Chronos modifie continuellement, sont-elles des valeurs de vérité ? La réponse est incertaine.
 
Un deuxième aspect nous est fourni par la vérité démontrable. Le problème se lie à nos rapports avec la matière physique, à l’intérieur desquels la mathématique peut être considérée la partie nouménale de la matière-même. 
Le numéro, en effet, est une vérité  "en soi et pour soi". Comme justement les pythagoriciens l’affirment, il a une valeur pratique et morale intrinsèque et indiscutable.
 La vérité scientifique, au contraire, n’est pas nouménale, elle a toutefois droit à son titre bien qu’elle soit "vraie" souvent seulement dans la mesure où l’on peut la perfectionner pour des approfondissements successifs que produiront ensuite notre progrès.
Il peut arriver qu’une vérité scientifique, considérée telle pendant un certain temps, soit par la suite retenue erronée et disparaisse. Cela arrive, plus souvent qu’on ne le croit, dans la systématique, spécialement biologique.. Il n’est pas rare, en effet, qu’un animal ou qu’un végétal changent de genre et d’espèce, selon la validité de la démonstration qui les justifie.
Malgré cela, il est licite de soutenir que la morale doit se fonder sur des vérités acceptées et pouvant être mesurées, et pouvant être, quand c’est nécessaire, perfectionnées.
 
Un troisième modale est donné par la vérité prévisible, ou de raison, qui ne peut être justifiée autrement que par la démonstration dialectique ou syllogistique.
Contrairement à la démonstration scientifique exacte, qui ne peut être dépassée que par un perfectionnement, la vérité de raison peut être aussi égalisée par une démonstration contraire et aussi vraie.
Par exemple, à l’époque classique on acceptait que ce n’était pas possible, qu’après la mort une personne continue à "ne plus rien sentir", dans la mesure où on ne se rendait pas compte que celle-ci de cette façon s’objectivait sur son propre cadavre comme chose existante, et morte en même temps. Cela était considéré une antinomie qu’aujourd’hui nous pourrions, sans crainte, définir un indiscutable absurde scientifique.
On justifiait de cette façon que l’affirmation d’athéisme n’était dialectiquement pas soutenable.
"Alexandre le macédoine et son muletier, morts, se réduirent à ce point : ou réabsorbés tous les deux dans les régions séminales du monde, ou tous les deux dispersés au milieu des atomes".
Ainsi Marc Aurèle dans "Souvenirs" VI, 24, traduction de Nicola Abbagnano.
 
Quelqu’un objectera : – La métaphysique en soi n’est pas Dieu. –
Sans doute.
Toutefois la démonstration métaphysique n’est pas ici un comportement conjecturant concernant un problème dialectique, bien que, dans ce cas, elle soit elle-même sur un plan de réalité parallèle dont nous pouvons prouver l’existence.
A l’intérieur de ce plan nous pourrions nous trouver face à une bifurcation que Nietzsche avait déjà appréhendée : celle du danger du retour exclusif aux graines.
 
"La méfiance pour nos jugements précédents de valeur se renforce jusqu’à s’exprimer dans l’interrogatif  :  toutes les valeurs sont-elles peut-être des attraits avec lesquels la comédie se prolonge, sans cependant s’approcher en rien à une solution ?…
…nous avons cette pensée dans sa forme la plus terrible  : l’existence telle qu’elle est, sans signification ni but, mais inévitablement tournante, sans un final, dans le néant : “l’éternel retour”. C’est la forme la plus extrême du nihilisme :  le néant éternel ! "
 On voit, dans les notes à Nietzsche, la numéro 47.   (F. NIETZSCHE, Fragments posthumes, été 1886 – automne 1887, 5 (71), 5 6. Adelphi, Milan, 1975, vol. VIII, t. 1, p. 201).
 
 
La voie de fuite de l’Esprit vif de ce piège, se trouve à notre avisdans la preuve de l’existence de Dieu contenue dans Avicenne et reprise par saint Thomas dans la déclaration ex possibili ac necessario, qui consiste dans l’acceptation du concept de la nécessité de Dieu pour l’existence des choses possibles (nécessité de puissance physique scientifiquement définissable). Par exemple, l’existence du genre humain est directement dépendante de la formation de notre univers. La formation de notre univers est directement dépendante d’une puissance que nous pouvons assimiler à la puissance de Dieu – même en admettant méconnaissables aussi bien Dieu que le plan métaphysique que nous avons accepté comme existant-. 
 
 D’après Avicenne (980 – 1037), le philosophe persan, les choses possibles commencent dans l’intellect agissant (le plus primitif parmi les intellects qui s’élèvent vers Dieu), intellect"qui produit les âmes humaines et qui donne les formes à la matière (à l’état brut) conçue selon Aristote (voire "Métaphysique" II, 1, 2) comme éternel principe de multiplicité. (Dictionnaire Rizzoli dei Philosophie, terme "Avicenne"). 
 
Pour les raisons déjà décrites nous pourrions définir "existant" le plan métaphysique, bien qu’il ne soit pas"démontrable" d’après l’accession de vérité. 
Par conséquent, une démonstration non secondaire de la vérité même (humaine) peut émerger de l’enquête sur l’ignorance. Dans le sens que si l’on ignore une chose, alors la vérité réside dans le fait qu’on l’ignore. Si le problème est indémontrable, sauf dans l’imagination, alors la vérité réside dans le fait qu’il est indémontrable.
On ne peut résoudre l’indémontrable par l’invention, en fondant ensuite sur celle-ci, en plus, la loi. Ni l’invention peut être justifiée par le "but supérieur" d’une construction éthique, dans la mesure où la morale qu’on pourra en tirer sera une morale d’obéissance passive, qui ne renforcera jamais l’Esprit. Dans le sens que le "but supérieur" deviendra bien vite un intérêt partiel limité (bien qu’il puisse sembler très grand), c’est-à-dire un système de pouvoir terrestre, cohérent avec les justifications d’un pouvoir terrestre.
 
De cette base provient le dernier genre de vérité sur lequel on a enquêté, c’est-à-dire la vérité que l’on ne peut prouver, ou pseudo vérité, laquelle, si elle vaut bien peu dans la science et au tribunal, a au contraire une très grande valeur en religion.
J’entends par-là tout le miraculeux, sans faire de distinctions entre les diverses croyances, dans la mesure où le miracle, de la préhistoire jusqu’à nos jours, a toujours constitué le fondement, la preuve en vérité et puissance de la sacralisation de chaque loi tribale. Sans la sacralisation on n’aurait jamais pu avoir une connaissance légalisée du dieu. Sans le miracle on n’aurait jamais pu avoir l’obéissance du peuple. On n’aurait pu avoir qu’un Dieu "global", mais en même temps anachronique, non compréhensible par la mentalité tribale, car justifié sur des distances trop lointaines.
Nous soutenons aujourd’hui, au contraire, qu’un tel Dieu ne peut pas se montrer justifié par la modification du climat historique.
 
Il faut dire que Mahomet a été le premier, et peut-être le seul, à combattre sérieusement la religion tribale en tant que telle. Malheureusement, lieux et coutumes lui furent adverses, et lui ne fut pas supérieur à ses propres temps, voilà pourquoi nous pourrions affirmer aujourd’hui encore que sa mission n’est pas terminée.
Malheureusement la situation morale du monde est aujourd’hui confuse au point de ne pas pouvoir soutenir une telle affirmation sans courir le risque de graves méprises.
Du reste, on ne peut de même considéré terminée la mission de Jésus, mais dans ce cas le risque de méprise est mineur. Tout au plus, ce sont les contradictions humaines qui ont anéanti et qui continuent à anéantir Jésus.
Selon notre point de vue, la valeur nécessaire aux religions pour résoudre aussi bien la mission de Mahomet que celle de Jésus, que celle, pourquoi pas, de Bouda, ne peut être obtenue qu’à travers l’appropriation du nouménal de la personne individuelle, et on entend par nouménal la réalisation de la valeur d’universalité, qui ne peut être obtenue par une vérité imposée.
Malheureusement le genre humain, pour sa constitution physiologique n’a pas d’intérêt immédiat vital à la vérité, qu’au contraire il craint et fuit. Il trouve dans le groupe une majeure sécurité et une majeure capacité temporelle de réalisation de soi-même. Il semble du moins qu’il en est ainsi pour la plupart des personnes.
 
Les dommages provoqués à la morale populaire du miraculeux sont remarquables : 
Avant tout, cette dernière crée un rapport direct entre Dieu et le miracle, dans le sens que l’on croit en Dieu en fonction du miracle même. De cette façon on fait sortir Dieu du plan naturel et on le transporte dans le fantastique. Ce ne serait pas mal si le non prouvable n’était pas imposé. 
Malheureusement, il y a aussi une différence par rapport au mythe, dans la mesure où ce dernier contemple des histoires de personnages, de dieux et de demi-dieux, qui demeurent dans l’au-delà, et dont nous savons déjà qu’il ne s’agit pas de personnes vraies. 
Le mythe, est souvent une hypostase, une légende à toutes fins utile, alors que le miracle, réalisé par une personne réelle, ne peut être efficace qu’en fonction d’une démonstration de puissance, étant capable de démentir et de détruire la loi physique (qui est la loi de Dieu). 
On impose toujours le miracle à l’observateur sans démonstration. Toutefois, croire par pure soumission ne signifie pas forcément croire juste. 
 
Si la mort devait nous révéler la vérité du monde métaphysique, et bien ce monde serait réel, justifié par les lois physiques mesurables, mathématiquement quantifiables et certes pas fantastiques. Voilà en quoi consistait la recherche "secrète" que le regretté Rocco Fedele déroulait en soi même (voire "Philosophie"), de laquelle est morte, pendant l’été 2003, sa femme âgée Argentina de Sipio, maîtresse à la retraite à Camerano, qui nous avait autorisés à publier les notes posthumes de son mari.
Enfin, l’imagination appartient au monde privé et secret de notre esprit, et nous n’en nions pas ici l’importance même aux fins de la vie privée et du bonheur humain. Ce que nous, nous contestons, n’en est que l’imposition et la transformation de la vérité concrète.
 
Le miraculeux crée donc l’athéisme. Nous avons déjà vu comment les philosophies  pré-héllenistique étaient plus évoluées que nous dans le domaine de l’interprétation du Divin, et il est clair que n’importe quel homme honnête, loyal envers les religions, pour le seul fait de douter du miracle, se retiendra lui-même athée. 
La conséquence morale est que souvent Dieu n’est pas considéré existant ni par les personnes désireuses de vérité et de religion, ni par celles qui ne le sont pas, et c’est la raison pour laquelle Nietzsche, il y a deux siècles, justifiait la "mort de Dieu" dans la culture de la société civile de son temps.
 
Encore, le miraculeux affaiblit l’intelligence du peuple, dans le sens où ce n’est pas vrai que les Eglises n’ont pas de responsabilités dans le désordre intellectuel qui pousse beaucoup de personnes honnêtes à se faire exploiter comme magiciens et charlatans. 
L’illusion que l’on donne à l’individu, de pouvoir être consolé par un personnage imaginaire, ou par la puissance fictive invoquée, est un placebo qui, même si efficace, ne peut être accepté ni utilisé par tous. A l’athée, par exemple, cette consolation est refusée, même si le sentiment humain de participation collective à la miséricorde, l’enveloppe également. Personne ne nie le mérite de la charité spontanée de tous, qui s’adresse à tous, et pour laquelle les Eglises ont toujours acquis du mérite.
 
D’après Plotin (203 – 270 environ après J.C. – v. "Les Ennéades" publiées par Porfirio, son disciple) le monde est émanation de Dieu, tandis que de l’Un (indéfinissable) procède l’intelligence et de celle-ci l’Âme Universelle. Cette conception fut ensuite reprise par saint Bonaventure de Bagnorea, d’après le quel l’âme retourne à l’Un à travers un processus d’élévation intellectuelle et mystique. Ni on peut nier que cette conception est aussi présente chez Bouddha (sixième et cinquième siècle avant J.C.) d’après lequel la personne humaine s’élève vers le Nirvana à travers une série de réincarnations successives, desquelles, toutefois, l’existence d’un  fil rouge individuel qui analyse, de vie en vie, torts et mérites, et en donne ensuite un compte rendu, est indémontrable. 
En termes synthétiques, d’après de tels concepts, l’unité de la matière à travers laquelle le monde et toutes les choses du monde se forment, produit une loi qui naît nécessairement sauvage, mais que l’homme individuel, en lui-même, peut enseigner à connaître et à posséder.
Cette loi est la seule voix de Dieu qui nous parle de façon « mathématisable » et à tous de la même façon. De celle-ci proviennent les mouvements biologiques, les instincts animaux, le bonheur, la douleur et les sentiments humains. Honnêtement, nous ne savons pas si l’évolution spirituelle peut continuer après la mort. Nous savons seulement que l’existence d’un plan métaphysique ne peut être dialectiquement prouvée, même si elle demeure intellectuellement inconnue.
D’après nous, ce n’est que sur ces bases qu’il est possible de construire, dans le monde,  une morale non contradictoire.
 
En bref, on peut penser qu’il est possible, même scientifiquement, de soutenir que la Terre est le berceau de l’Esprit, qui naît nécessairement sauvage. Donc, la douleur, aussi bien celle produite par la nature, que celle produite par l’homme, se justifie ici, et l’homme même n’a rien d’autre que sa propre force et sa propre intelligence et sagesse pour la dominer.
Cela vaut aussi bien pour les souffrances physiques que pour les souffrances morales ; et on ne peut imaginer qu’une aventure spirituelle conduite dans le corps et en dehors du corps pendant une période plus longue que nous ne l’imaginons, puisse se tarir en dehors du caractère exhaustif. Donc, vivre la douleur, mais aussi la joie, et tout le vaste arc-en-ciel des sentiments et des sensations humaines, tout cela peut être fait spontanément, bien mieux par un Esprit fort que par un Esprit faible.
Si on reconsidère Avicenne et Aristote dans les lieux cités ci-dessus, qui acceptent que l’esprit humain naisse de la Terre et que celle-ci bouge en vertu des nécessités de Dieu pour l’existence des choses possibles, nous rendons compréhensible de premier libre de saint Thomas, aussi bien à l’esprit scientifique qu’à l’esprit mystique. 
A la fin, et c’est un point important, tout ce qui est écrit ici est hypothétique, et de cela on ne peut déduire que la réalité métaphysique (que nous savons exister, mais que nous ne connaissons pas en détail), peut être pénétrée par les personnes seulement comme rapport intime, comme conversation secrète entre le divin et elle-même. 
Pour l’homme, nous proposons la reconnaissance de la valeur de sa maturité spirituelle (quand elle existe), qu’il ne serait autrement même pas cohérent d’en diviniser le germe et d’en insulter ensuite l’esprit.
Pourquoi ne pas accepter, vu que nous ignorons tout de ce qui se passe après la mort, qu’il est licite de nous en faire une idée propre, j’entends dire par là, personnelle? Nous l’avons déjà signalé dans le deuxième chapitre.
La différence serait substantielle dans la mesure où, dans ce cas, la personne humaine couvrirait toute seule l’espace métaphysique inconnu avec ses propres fantaisies, qui serait cependant consciente de ne pas pouvoir s’imposer à son prochain. 
En d’autres termes, le Dieu spirituel demeurerait un fait privé, alors que le rapport avec notre prochain s’exprimerait surtout en sens moral : chaque individu porterait avec soi un héritage de ses coutumes, mais sans les imposer. Et pour les harmoniser, il existe des codes, pénal et civil,  de plus en plus semblables dans les nations, et que l’on peut de toute façon toujours discuter et améliorer. 
On ne courrait pas le risque de fanatismes et de folies individuelles, puisque si un homme sait accepter la morale des autres, la morale des autres aussi saura qu’elle doit se confronter à la sienne. De cette façon, personne ne deviendra un tyran.
 
D’après mon avis de philosophe, je pense qu’il serait préférable que tout ce qui est reconnu comme un droit à la religion personnelle, soit l’inséré, pourquoi pas, sur un document d’identité, et fait valoir n’importe où dans le monde.
 
 
 
 
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MANUEL DU BON RELIGEUX DE CAFE’ 2nd

 

 

 
 
Religion  de  Café
2.
 

 
 
 
 
CHAPITRE  SECOND
 
Philosophie de la religion
 
 
J’aurais voulu commencer ce chapitre par une définition correcte du terme "religion", mais j’avoue que, bien que je me sois efforcé de consulter des encyclopédies et des dictionnaires, même philosophiques et théologiques, je n’ai pas réussi à en tirer une définition univoque. Le latin relegare (rileggere – Cicéron) convient, ou mieux encore religare (legare – Lactance), mais si on poursuit en affirmant que les groupes à relier sont nombreux, et si on y ajoute aussi les sauvages modernes, alors viendrait peut-être le doute que le terme est contradictoire et que, probablement, naîtrait la nécessité de l’éclaircir à travers une méthodologie appliquée à la religion même
Je rappelle au lecteur ce qui est écrit dans la préface du "Philosophe de café", c’est-à-dire que ce texte est un écrit d’exploration et non pas d’enseignement, et que son but est celui d’induire à continuer, pas à conclure
"La religion est dans le cœur", selon Tommaseo, et on pourrait ajouter "la religion est dans l’esprit", mais sans aller trop loin
Ce n’est en effet qu’une intuition de la vérité supérieure à celle que les possibilités limitées offertes par le milieu physique de notre planète consentent.
Le sentiment religieux peut pénétrer en nous de la profondeur des millénaires alors que, rappelant Kant, nous admirons un ciel étoilé, ou quand nous devenons conscients de l’existence d’une loi morale en nous.
Mais revenons à la religion intuitive des antiques telle que nous l’avons quittée dans le chapitre précédent ; dépassons-la seulement d’un pas et rejoignons une période dans laquelle l’organisation de la société tribale est consolidée, et où il existe une religion officialisée et une autorité de gouvernement.
Al-Tabari, personnage presque contemporain qui a recueilli des informations sur la vie de Mahomet, raconte que, dans les tribus du désert arabe, survivait l’usage d’enterrer, encore vivants, les nouveau-nés de sexe féminin nés d’une relation incestueuse. Un tel usage (comme toutes celles qui avaient un caractère officiel), était protégé par le renforcement d’un rituel et remontait à des siècles, et peut-être à des millénaires. Chaque tribu avait son dieu qui justifiait les différents rituels, et le tout justifiait une forme tribale de polythéisme contre laquelle Mahomet combattit ensuite.
Le but de l’existence du dieu était, par conséquent, de rendre indépassable et indiscutable la loi(ou certaines parties de la loi), en la sacralisant. De cette façon le dieu devenait le symbole d’un peuple, le prêtre devenait le gardien de la partie sacrée de la loi de sa tribu.
Il y avait, toutefois, dans l’Arabie païenne, une certaine liberté d’adorer les idoles des autres tribus, en plus de sa propre idole, comme le démontre l’idole de Hubàl, qui représenta les armées de la Mecque dans la grande bataille de Uhud, à laquelle Mahomet échappa avec peine.
Dans l’Egypte alexandrine (ou pré hellénistique) les nombreux temples étaient consacrés aux dieux, non seulement aux divinités représentant les différents peuples de cette terre, mais surtout à des représentations exotériques et à des hypostases aux formes naturelles. La connaissance de ces dernières nécessitait la maîtrise du savoir matématico-physique et historique, dont la garde était confiée aux prêtres.
L’histoire de l’Égypte Antique, nous le savons grâce à Hérodote, provenait d’une mémoire héréditaire que l’on considérait plus profonde que celle de n’importe quelle autre nation de l’époque. Tales puisa dans les connaissances astronomiques des prêtres égyptiens, comme le firent certainement Pythagore, et plus tard Platon. Après l’entreprise d’Alexandre et la construction de la grande bibliothèque, le climat culturel changea totalement dans les pays orientaux de la Méditerranée, le savoir se répandit et de grands astronomes comme Eratostene et Aristarque de Samos firent leur apparition.
Dans la Grèce classique ou, disons-le, dans l’Athènes de Périclès, les philosophes, comparables aujourd’hui à de libres chercheurs, ou à de libres professeurs, étaient hiérarchiquement écrasés par les prêtres, auxquelles était confiée, comme en Égypte, la compétence sur le savoir physique et sur les lois morales de la ville. Fait foi Anaxagore, philosophe pluraliste, souteneur du nous (intellect universel) entendu comme matière noble dotée de mouvement et de connaissance. Condamné à mort pour son empiété, on le sauva avec l’exil, seulement grâce à l’intérêt personnel de Périclès.
"Samuel prit une fiole d’huile, qu’il répandit sur la tête de Saül. Il le baisa, et dit: L’Éternel ne t’a-t-il pas oint pour que tu sois le chef de son héritage?". 1 Samuel, X, 1 (10).
Chez les Hébreux, la loi sacrale (c’est-à-dire la classe sacerdotale, la synagogue) était plus forte que les Rois, lesquels provenaient des oints du Seigneur et auxquels on demandait, comme on en déduit dans le passage cité, aussi un accomplissement, une preuve qui le confirme.
Il est intéressant de remarquer, avant que Mahomet commence sa mission prophétique, que ceux que nous définissons aujourd’hui "usages islamiques" étaient déjà tous présents dans l’Arabie idolâtre de l’époque, et bien sûr non pour une acquisition récente.
Le temple de la Kaaba existait déjà, fondé, disait la tradition, de Abraham et Ismaël, dans lequel les composants des diverses tribus se rassemblaient pour honorer, librement et dans un climat de paix, leurs dieux qui y étaient réunis.
Al Tabari décrit la vie dans la mosquée, où chacun avait la possibilité de prier respectueusement son propre dieu et de prêcher sa foi. On tournait déjà autour du temple de la Kaaba et, dans la Mecque, on pouvait honorer environ 360 idoles différentes, toutes en pierre et avec une forme humaine, ornés d’habits colorés, de fleurs, et d’odeurs fragrantes.
Même le pèlerinage était déjà un devoir consolidé que les arabes devaient accomplir au moins une fois dans la vie, et que Mahomet accomplit aussi bien avant qu’après le début de sa prédication, en le rendant par la suite obligatoire.
La génuflexion, dirige au début vers Jérusalem; seulement ensuite, selon la volonté de Mahomet, vers la Kaaba.
A cette époque, les femmes dissimulaient déjà leur chevelure aux hommes, considérée une attraction sexuelle, et donc un motif de distraction pendant l’étude et la prière. Il en est de même pour l’usage du voile.
Même la loi polygamique en faveur des hommes précède Mahomet. Ainsi que celle de commencer à compter les années en se basant sur un fait particulièrement important, chose qui existe aussi dans notre culture occidentale: de là l’importance de l’hégire (la migration de Mahomet de la Mecque à Médine, correspondant eau début de la partie active de sa mission), dont le point de départ est l’année islamique: vendredi, 16 juillet 622 A.C.
Ajoutons encore que le mois du ragab, pendant lequel on interdisait aux arabes de faire la guerre, comme le mois du ramadan, pendant lequel on imposait le jeûne. Il en est de même pour ce qui concerne la loi du talion, elle aussi d’usage pré mahométan.
Le prophète, naturellement, améliora les coutumes, conduit la foi en un Dieu unique qui a fait la Terre et le Ciel, et transmit aux femmes, à travers Gabriel, le verset suivant : "Que l’on oblige les croyantes à prêter serment…à ne rien associer à Dieu, à ne pas voler, à ne pas commettre l’adultère, à ne pas prononcer de calomnies inventées, à ne pas tuer ses propres enfants" (11). Cette dernière phrase se réfère, aussi, au vieil usage arabe d’enterrer vives les filles nées d’un inceste.
Quelques usages arabes pré-islamiques arrivèrent aussi en Italie, certainement de la Sicile, comme les tensons d’honneur, qui se déroulaient entre les champions de  différentes tribus et consistaient en des épreuves de chant, de déclamation de vers ou de prose élégante, et chaque chanteur devait ensuite répondre en cherchant de battre l’adversaire dans le domaine de l’art. un exemple, "Cantilène de Ciullo" (Vincenzo d’Alcamo), déjà considéré le document le plus antique de la littérature italienne, laquelle est une tenson, ou dialogue, entre Amant  et Madone, et certainement Frédérique II trouva en Sicile un milieu prédisposé et favorable au développement de son génie; voir, en général, l’histoire de notre Littérature.
Plus populaire, d’ici, aussi la provenance des " batailles de refrains" qui vit encore aujourd’hui (même si, malheureusement, plutôt en décadence), surtout dans le sud et en Italie centrale.
Enfin, ce fut le renforcement sacral, indirectement donné par la loi islamique à ces usages (ou aussi à travers le manque d’interdiction), qui les porta à subsister tels quels jusqu’à nos jours et détermina cette espèce de stase de la civilisation arabe qui, à l’époque où l’on écrit était, sous divers aspects, plus évoluée que celle européenne, grâce aussi au contact avec la civilisation alexandrine et de l’Afrique du nord.
Contrairement à l’action de Mahomet, dont la mission prophétique visa directement à la modification de la figure physique de  la divinité à travers la substitution du Dieu unique à l’idolâtrie, l’action de Jésus fut bien plus complexe et techniquement difficile (il a fallut, en effet, beaucoup plus de temps pour la réaliser), dans la mesure où elle visait à la modification de l’ethos universel, à l’époque officiellement fondé sur la justification légale de la violence écrasante, modification que l’on n’aurait pas pu obtenir sans donner à la nouvelle morale le renforcement sacrale nécessaire.
La divinisation de Jésus a fait peu réfléchir sur l’héroïsme " humain " d’une personne qui, pour atteindre à tout prix le but indirect de la sacralisation de son projet idéal, au moment où chaque destin était incertain, et alors qu’il aurait pu encore facilement s’en tirer, insista en provoquant les juges dans le but précis d’obtenir une sentence de condamnation, laquelle n’aurait pu ensuite que le justifier.
Puis si la morale chrétienne a gagné, ce n’est pas un discours à faire ici. Bien sûr, elle a un peu gagné, au moins dans la mesure où elle a posé les fondements d’un discours sur la nécessité d’un  ré équilibre moral du monde, malgré tout se rénovant sans cesse et sans cesse nécessaire .
 
Mais venons-en à la question philosophique : – A quoi sert la religion ?
La religion  représente une valeur collective seulement indirectement : elle ne devient telle qu’après que chaque croyant, individuellement, l’a acceptée et reconnue.
Depuis le début des temps elle a servi à établir un rapport personnel, limité à la pensée, entre la personne humaine individuelle et le milieu physique naturel qui l’entourait et dans lequel Dieu et elle-même vivaient ensemble.
Par la suite, au mieux, quelques individualités plus élevées, prêtres, prophètes, hommes inspirés, ont su tirer de la méditation sur Dieu, des séries d’impératifs moraux de valeur universelle. Cela a toujours été une opération de cohérence logique : Mouse rapporté du Sinaï les tables des commandements; Bouddha des forêts de l’Inde, les quatre sentiers nobles… etc.
Tout cela, à la fin, a cependant apporté une contradiction non nécessaire: la méfiance des religions officielles envers la liberté de l’Esprit.
La contradiction provient du fait que, quand les grandes religions, encore existantes aujourd’hui, firent leur apparition dans le monde, la dite "société civile" n’avait pas encore les idées claires sur ce que l’on aurait pu entendre par le terme "liberté". En effet, à cette époque là, l’homme "libre" était celui qui avait le pouvoir de rendre légalement esclave l’homme non libre, et cela était dans l’ordre des choses.
Les religions, en général, opéraient pour la libération de l’homme physique, mais, comme celles-ci avaient de toute façon dû lutter pour cela, le mot « liberté » même leur demeura suspect, cette liberté pour laquelle, au fond, elles avaient lutté. On pouvait bien l’accepter pour les corps, pas pour les âmes, desquelles Dieu anthropomorphe restait le maître indiscutable.
On n’attribua jamais, au concept de "liberté", le sens de valeur morale complet.
La liberté pour tous a été considérée, par toutes les religions, dans le sens que, par exemple, Calvino en donne l’œuvre sur les "Libertins qui se nomment spirituels" .  On n’a jamais accepté que la liberté, en elle-même, puisse être capable de créer une valeur morale justifiée dans la cause finale de toutes les manifestations de la nature, entendue comme création, comme histoire, comme providence, comme rédemption.
La "liberté de l’Esprit", dans notre livre, nous la considérons plutôt, une limite, ou mieux un objectif, en dehors duquel Dieu n’existe plus.
Si nous pensons que"liberté" est seulement la faculté concédée au genre humain, de "pouvoir choisir à discrétion entre le bien et le mal", alors je ne sais plus comment nous nous retrouvons à soutenir que Dieu est bonté infinie.
Il existe le problème des responsabilités, d’accord, mais celle-ci, même à l’intérieur de la valeur de la liberté, est présente, et elle nous est principalement adressée.
Il semble normal que, une fois que nous nous sommes rendu compte du sens du terme "liberté", le paramètre "liberté de l’Esprit" ne peut pas être considéré autre chose que la principale valeur éthique.
En dehors de la "liberté de l’Esprit" le diable n’est pas nécessairement présent : il y a la vie spirituellement sauvage de laquelle les sociétés humaines du monde n’ont pas encore su s’émanciper. Il serait peut-être vain de penser qu’elles pourraient y arriver en peu de temps.
La liberté, comprise dans son sens plus logique, est une forme de vie qui seule, justifie, je répète, la conformité à la nature, et donc la création, l’histoire, la providence et la rédemption.
Penser que Dieu est esprit de liberté, signifie en prétendre aussi un peu dans notre vie privée, et on ne peut ne pas comprendre que les autres non plus ne doivent pas pouvoir soutenir une telle prétention.
Nous voulons dire ici qu’une seule personne religieuse et libre doit avoir le même droit au respect et à la reconnaissance de n’importe quelle autre personne qui représente ou fait partie, d’une religion comptant un milliard d’âmes.
Dieu ne peut pas être contradictoire aux lois physiques, ni peut être limitatif : si Dieu est, il doit être quelque chose de concret, pas un accouchement d’imagination tout justifié qu’il soit par une situation de nécessité éthique. Il doit être, jusqu’à notre mesure d’homme, compréhensible et à notre portée de façon au moins dialectiquement reproductive. Si le territoire de Kerr, c’est-à-dire le fait d’être mortels, nous empêche d’atteindre ce stade, et bien alors, qu’on dise des choses que l’on ne connaît pas: – Nous ne le savons pas. On se rendrait compte, surpris, qu’on en sait un peu plus que ceux qui affirment “nous le savons”.
Du point de vue de la contrepartie éthique à la pensée de Dieu, on pourrait se limiter à considérer que la vie est imparfaite pour sa conformation structurelle. Seul le rapport kantien entre l’imperfection qui nous entoure et la loi morale qui est en nous, peut nous pousser à reconnaître la nécessité d’une vision plus étendue, même si fortement limitée par notre humanité.
En bref, nous devons accepter que le fait d’être incomplets est aussi un principe de vérité, et c’est le degré qui nous revient de droit à ce moment de notre vie.
Si nous nous attardons sur ce que nous avons appris jusqu’ici des Antiques, et aussi sur ce que nos expériences les plus élémentaires nous suggèrent, nous devons convenir que Dieu est plus antique que Noé, du patriarche Abraham, du paradis terrestre, du bouillon primordial et du Soleil. Il pourrait être contemporain, en termes rigoureux, seulement au début de la formation de notre univers. Dans ce sens il devrait en obtenir l’inutilité de la polémique "Dieu – non-Dieu" car, quoiqu’il en soit, notre nature humaine nous empêcherait de le connaître complètement et de bien l’expliquer.
Nous avons déjà déduit, dans le premier chapitre, que le but éthique de la vie du genre humain doit être celui de conserver, à un niveau le plus élevé possible, sa propre hiérarchie intellectuelle et morale. Tout cela pourrait être suffisant pour justifier une religion individuelle et universelle, non alternative, non compétitive, non hiérarchique, justifiée sur un droit fondé sur la capacité individuelle de distinguer en ce que l’on pense venir de Dieu et ce qui est signe de reconnaissance, loi sacralisée, usage, auquel on doit, bien entendu, le respect, mais qui ne devra jamais aspirer à l’universalité des consensus.
 
Benjamin Constant a écrit :
"La liberté complète et entière de tous les cultes est pareillement favorable à la religion et conforme à la justice.
Si la religion avait toujours été parfaitement libre, elle n’aurait jamais été rien d’autre, je pense, qu’un objet de respect et d’amour. On ne concevrait pas le fanatisme bizarre qui rend la religion en elle-même un objet de haine et de malveillance.
L’homme a des relations avec son Créateur; sur ces relations on fait ou on reçoit des idées d’un genre ou d’un autre, et ce système d’idées s’appelle religion. La religion de chacun est donc l’opinion que chacun a de ses rapports avec Dieu.
La religion est de tout temps, de chaque lieu, de chaque gouvernement, son sanctuaire est dans la conscience de l’homme, et la conscience est la seule faculté que l’homme ne peut jamais sacrifier à une convention sociale" [note 12  "Politicien de café"].
 
Il est maintenant clair que quelqu’un pourrait, pour soi, interpréter la religion de façon criminelle. Nous avons toutefois aussi écrit que cela serait impossible, dans la mesure où, entendant la religion"liberté de l’Esprit", nous obtiendrions automatiquement l’universalité de la reconnaissance réciproque et tout cela aboutirait ensuite à une législation cohérente adaptée aux us et coutumes des différents peuples.
Il est évident que chaque religion actuellement existante a sa propre justification historique et sa propre raison d’être objective. On peut admettre que Londres possède des signaux de reconnaissance  différents de ceux de Dublin ; que ceux de Tel Aviv sont différents de ceux de Téhéran ; ceux de Zagabre de ceux de Belgrade ; ceux de Rome de ceux de Moscou : ceux de New Delhi de ceux d’Islamabad ; mais qu’est-ce que Dieu à voir dans tout ça? Pourquoi la possibilité d’une libre identification individuelle avec le divin (nécessairement simple) doit être, de fait, niée par toutes les religions du monde ?
Dieu participe à l’esprit commun de chaque peuple et de chaque individu ; la pensée qui lui est adressée est un droit qui se détermine comme un élan, un désir de connaissance de choses qui, à tort, sont considérées non naturelles et supérieures à notre capacité de raison. L’intuition humaine est déjà suffisante, même si elle ne peut (et il est juste qu’elle ne le fasse pas) faire la loi. Nous, nous ignorons seulement les détails de Dieu, que les religions officielles au contraire administrent à foison et auxquels elles donnent la même valeur qu’à Dieu.
Ce discours pourrait sembler injustifié, ou non actuel, et pour certains même blasphème, mais le chemin du monde (spécialement aujourd’hui avec les dangers atomiques imminents), demande le contrôle des conséquences logiques des actions morales, lesquels doivent mettre tout le monde sur le même plan des responsabilités.
Pour être clairs, personne n’entend critiquer les religions existantes, car une religion  individuelle – universelle, justifiée sur ce qu’il y a de plus primitif, et privée de dogmes et de rituels ou d’autres formes de reconnaissance, ne démentirait certes pas Jésus, ni Mahomet, né Abraham, ni Boudha, ni aucune autre culture. Toutefois, l’utilité d’une telle religion serait à prendre sérieusement en considération dans la mesure où il existe, dans toutes les religions monothéistes, comme aussi indoue et bouddhiste, un logo, la conscience d’une raison primordiale commune à tous.
La division  commence quand  nous, après avoir laissé ce qui relève de la compétence de la nature humaine (qui était déjà dans la compréhension des anciens), nous prétendons raconter ce que nous ne connaissons pas et de l’exhiber comme vérité, en en tirant ensuite la conséquence logique de notre nature et de nos comportements.
Dans ce sens la mythologie des anciens est aussi justifiée, même si ce n’était pas suffisant, tout comme aujourd’hui la mythologie de nos religions incomplètes résulte insuffisante.
Le "Je sais que je ne sais pas" de Socrate, engage toute la partie métaphysique des religions, comme pour dire : bien que je sois convaincu de mes vérités supérieures, ou que je sois élevé dans ma hiérarchie, je trouverai toujours à l’intérieur de ma conscience et de mon cerveau, quelque chose qui ressemble à la morsure involontaire d’un bonbon, qui, sans que je le demande, et justement en opposition avec ma volonté, suggérera : – Je ne le sais pas.
 
 
 
 
 
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MANUEL DU BON RELIGEUX DE CAFE’ 1ère

  

 

Manuel du bon religieux de café

  

Ce texte qui complète celui du « Bon philosophe » et du  « Bon politique », est construit dans le but de comprendre s’il peut exister un homo qui puisse comprendre Dieu au-delà des schémas conventionnels imposés par les religions reconnues, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours.

La réponse, à laquelle nous arriverons au terme de nos trois chapitres, sera que non seulement un tel homo peut exister, mais que ce serait aussi une grande chance si le monde et les religions officielles, au lieu de l’opprimer, en favorisaient l’auto découverte.

La raison qui, selon nous, nous justifie, réside dans le fait que nous continuons à retenir important le changement global survenu dans l’histoire du monde depuis 1945.

Même si cela est amplement reconnu et même si tout le monde en parle, il ne semble pas que les pouvoirs politique, économique et religieux du monde en aient pris lentement conscience.

On fait mine de le traiter au niveau des  États, mais les conférences doivent être ensuite répétées, ou annulées, parce qu’on se rend compte de n’être venus à bout de rien. 

On fait les marches pour la paix, mais on se réduit ensuite à convenir que ce qui comptait, c’était la marche en soi, et qu’on n’avait atteint aucun résultat concret, en dehors d’un peu de propagande de faction.

On prie pour l’harmonisation des cultures, mais on ne fait rien pour corriger le grand défaut de tous les religieux du monde : la prétention que tous s’y reflètent à leur image et à leur ressemblance.

La raison de telles incertitudes est que, bien que le désordre soit évident, on ne sait pas très bien comment y remédier – je veux dire, en toute honnêteté et bonne foi – et cela dépend en partie du fait que le changement d’époque (bombe nucléaire et abolition du capitalisme nationaliste) est arrivé, après la fin de la deuxième guerre mondiale, à l’improviste, sans que personne, au niveau théorique-sociologique l'ait prévu : pas même Weber. Et c’est pour cette raison que l’université n’était pas non plus préparée à ce passage.

A la fin, ce que nous aujourd’hui, ni laïcs ni religieux ne possédons, c’est une base culturelle solide à laquelle s’accrocher, le manuel d’une expérience antique. Qu’on le veuille ou non, nous sommes obligés de procéder par tentatives, en commettant souvent des erreurs, surtout à cause de notre inconsciente cohérence aux vieux systèmes.

Le but de ce texte, par conséquent, est de savoir si des hommes religieux de diverse extraction et culture peuvent exister et se justifier, si des hommes libres de tout préjudice imposé et de conditionnement de pouvoir, réussissent à parler de Dieu dans n’importe quel café de Tokyo, de Hong Kong, de Bagdad, ou de n’importe quelle ville du monde, de façon claire et compréhensible, en se comprenant immédiatement.

 

Imaginons que nous avons un enfant de six mois, peu importe s’il s’agit d’une fille ou d’un garçon, que quelqu’un l’enlève et l’emmène au Pakistan, ou en Arabie Saoudite, ou à Cuba, ou ailleurs, et qu’on l’élève selon les coutumes sociales, religieuses, ou politiques du lieu où on l’a emporté. Nous pourrions en obtenir un genre humain complètement différent, identique du point de vue physique, mais peut-être anti-éthique et ennemi de soi-même comme propre semblable.

Si toutefois on donnait une éducation scientifique à cet enfant enlevé (une éducation qui pourrait être aussi philosophique), à la fin, quel que soit le lieu où on l’aurait emmené, nous aurions un homme au moins capable de se comparer à ses semblables, élevés ailleurs.

 

Il faut penser que la nature, comme "forme de nécessité" a été contemplée par saint Thomas d'Aquin  dans le premier livre de sa  Summa, et il faut juger que ce livre peut être interprété de façon comparable, même en dépit des différences d’éducation de celui qui lit.

Je veux dire, la nature comme produit"d’un bon père qui donne", et cette entente, par exemple de Spinoza, ou de n’importe quel autre scientifique philosophe, ou si on préfère de la pensée grecque, ou de celle de philosophe des Lumières, de la nature comme "puissance en soi" et donc loi de Dieu.

De tels " contrastes " et "oppositions" deviennent compréhensibles quand on juge que saint Thomas n’enlève pas à la matière la conséquence logique de son existence et de la Nécessité Supérieure qui la justifie.

A notre avis, dans la lecture du premier libre de la Somme théologique, n’importe quel humain, non aveuglé par les préjudices, peut trouver Dieu quelles que soient les conséquences logiques vers lesquelles sa propre éducation l’a conduit.

Le soi-disant "athéisme", (le "matérialisme" peut être autre chose, dans la mesure où il est limité dans un sujet de recherche scientifique, ou historique…bien défini) heurte, à la fin, comme nous le verrons, des formes évidentes de vérités métaphysiques  qui nous viennent du monde classique et que Nietzsche, à son époque, avait déjà revalorisées.

 

Les indications de note sont dans le fichier "Notes" du répertoire "Manuel du bon philosophe de café".

 

 

 

 
Religion  dCafé
1.
 

 

 

 

 

CHAPITRE  PREMIER

Le fondement

 

 

 

 

La pensée de Dieu, chez les hommes très antiques, se forma, d’après les anthropologues, comme conséquence du coté extraordinaire des phénomènes qui quotidiennement se présentaient à leurs expériences, et pour la menace, toujours présente, de la mort.

Le miracle, cependant, ne se manifestait pas qu’à travers les événements ambiants extraordinaires, mais aussi dans ceux qui aujourd’hui nous semblent ordinaires (comme l’éclosion des fleurs,

 par exemple), et le ’”Moi” même devait se considérer partie intrinsèque du miracle. Ce qui pour le genre humain d’aujourd’hui est acquis et oublié était, pour les hommes très antiques, raison de développement d’imagination et de méditation continue (2).

La vision d’un brin d’herbe qui pousse, de la naissance d’un agneau, de l’eau qui coule, du vent qui siffle, de la pluie qui tombe à verse ou de la foudre qui tombe,  n’était donc pas seulement miraculeuse ; le miracle consistait dans la conscience que cet amas de sang et de chair, de chaud et de froid, d’odeurs, et de toutes les sensations qui manifestent la nature individuelle des hommes, était lui-même un miracle.

 

La réflexion non résolue sur le principium individuationis dont nous parle Nietzsche dans sa  Naissance de la tragédie se perd dans la nuit de la préhistoire, à l’intérieur de ces éloignements dont nous arrivent les rapsodes homériques et les compositions symboliques de la mythologie.

La pensée sur le principium de l’individuation matérielle de la forme mettait les êtres humains au centre d’une tragédie qui creusait les âmes en profondeur, jusqu’à en faire jaillir la douleur fondamentale.

Serons-nous éternellement condamnés à la reproduction de notre être si limité  ? C’est une question que l’homme très antique se posait concrètement, comme le démontre la théologie du premier pythagorisme, avec sa fondation, certainement pas originale et dérivée de la sagesse des temples égyptiens, de la métempsycose.

L’être humain, dans l’Antiquité, frappait vraiment aux portes des demeures des dieux ; la confidence qui montrait avec le monde super humain était, seulement en apparence, une démonstration d’ingénuité.

Il est probable que la pensée du mouvement a été le plus important objet de méditation de l’homme naturel, tellement antique que déjà au temps des premiers physiciens ioniques, Thalès, Anaximandre et Anaximène, devait apparaître comme acquis et indigne de participer aux résultats de leur travail avec le charisme de la découverte.

Chaque forme vitale est constituée d’une composition de forces élémentaires déjà mortes ; le miracle, le souffle divin est dans leur mouvement : dans ce sens on exprime aussi, entre autre, la genèse biblique.

Cependant, chaque forme ne « domine pas » le mouvement, elle domine dans le fatum : elle ne peut s’arrêter à n’importe quel moment, bien que rien ne puisse nous empêcher de penser qu’il est possible de recommencer. L’être humain, par conséquent, est un miracle en soi, mais un miracle qui n’est pas produit par une de « ses » forces.

En d’autres mots, Dieu était, pour l’homme très antique, partie intrinsèque de sa nature même, participant et producteur du miracle, duquel lui-même n’était que le témoin et l’acteur, mais intime co-essence, lui aussi un produit du miracle même.

L’homme, donc, dans toutes les particularités temporelles de son existence, se sentait “miracle” et Dieu était oui, le producteur du miracle, mais lui aussi miracle, partie intégrante de cette nature dans laquelle l’humanité même se sentait complètement immergée. L’homme très antique ne pouvait ne pas avoir la certitude de l’existence de Dieu, autour de la qualité duquel, il ne pouvait cependant se sentir sûr, dans la mesure où il ne “ dominait ” pas lui-même, ni son propre destin.

Pour conclure, le"Moi" eut connaissance de Dieu au moment où "l'ex animal" reconnut d'être et pressentit qu’il existait un rapport de réciprocité logique entre lui-même et la nature externe qui accueillait son corps. Avec le temps, l’être humain s’habitua à sa propre situation existentielle, il "digéra" le miracle, l’assimila, s’y habitua et l’oublia, en réussissant, par la suite, aussi à l’expliquer.

Le producteur intime du miracle, (c’est-à-dire Dieu) devint donc forme symbolisée dans une figure plus puissante de l’homme, à laquelle on attribuait, souvent, nature protectrice d’un peuple, d’une  polis. Seuls les Hébreux, qui avaient, probablement, la religion plus contrôlée et sérieuse, refusèrent de le symboliser dans une forme. Ils ne purent s’exempter, toutefois, de lui conférer des attributs anthropiques.

Dieu, de toute façon, existe pour le seul fait que l’homme existe ; il devrait par conséquent rester au-delà des attributs. Chaque tentative de le définir et de l’adapter à n’importe quel type de limite, le rend partial et l’éloigne de nous, si bien que l’idée principale de Feuerbach, selon laquelle Dieu serait, au fond, rien d’autre qu l’hypostase de nos aspirations à la perfection et à la compréhension de l’absolu, devrait résulter renversée.

D’après Feuerbach les hommes ont commencé à perdre Dieu, non pas à l’acquérir. En d’autres mots, Dieu a commencé à s’éloigner de la pensée de l’homme, au moment même où son imagination a prétendu lui donner une forme : s’il n’y a jamais eu une utilisation instrumentale de Dieu, elle a commencé ici.

 

Nous en trouvons un exemple dans une des Opérettes morales de Giacomo Leopardi, intitulée “Dialogue entre un follet et un gnome”.

 

Le follet informe que : “les hommes sont tous morts, et la raceest perdue”; ils ont disparu “une partie en faisant la guerre l’un contre l’autre, une partie en naviguant, une partie en se mangeant l’un l’autre, une partie en se suicidant, une partie en moisissant dans l’oisiveté, une partie en se creusant la tête dans les livres, une partie en faisant la noce, et vivant de manière désordonnée dans mille choses, enfin en étudiant tous les moyens  pour aller contre leur propre nature et de mal tomber.”

 

FOLLET : Mais maintenant qu’ils ont tous disparu, la terre sent qu’il ne lui manque rien, et les fleuves sont las de courir, et la mer, bien qu’elle ne soit plus utile à la navigation et à la circulation, ne se voit pas qu’elle s’assèche.

 

GNOME : Et les étoiles et les planètes ne manquent pas de naître et de  pâlir, et elles n’on pas perdu les grains.

 

FOLLET : Et le soleil ne s’est pas enduit le visage de rouille ; comme il fit, d’après Virgile (Géorgiques I., 466-67) pour la mort de César

 

On veut dire que Leopardi a une fin polémique et ne prend pas en considération le problème concernant les conséquences de la disparition  “réelle” de la race humaine de la planète ; il y sauve, en effet, les deux races intelligentes des follets et des gnomes, car autrement personne ne resterait pour discuter.

 

En termes concrets, au contraire, si le genre humain

disparaissait, on en aurait (bien qu’on veuille en dire du mal) un déclin de la hiérarchie intellectuelle du monde, en faveur des autres mammifères et des animaux supérieurs : le monde resterait créé pour eux. Puis s’ils disparaissaient eux aussi, on en aurait un ultérieur déclin de l’intelligence terrienne.

 

Si les insectes disparaissaient aussi…et donc les vers, les amibes, les cellules primordiales…le bouillon…le phénomène se résoudrait avec une série de déclins successifs, jusqu’à arriver, non pas à la disparition de tout type de mouvement vital, mais à celle de l’univers entier, comme si vraiment entre matière et intelligence universelle il existait un point de contact duquel le genre humain représentait simplement un grade de hiérarchie.

Même Dieu, en sens réel, disparaîtrait.

 

Quand, au temps de l’humanité ingénue, Dieu offrit aux hommes tous ses miracles naturels, et mit à disposition de leurs esprits toute la mathématique de la vie, deux figures sévères apparurent sur la Terre qui se mirent à  railler tout ce que l’homme commençait à observer et à comprendre. Il s’agissait de l’Esprit de Mensonge et de l’Esprit d’Arrogance.

Et ils dirent : – Il n’y a pas de puissance dans la rose qui éclot, dans l’agneau qui naît ou dans la pluie qui tombe, puisque tout ce qui est naturel est normal. Mais nous avons vu les maisons voler sur la mer, et les astres interrompre leur course, et les morts ressusciter, et cela oui, témoigne la puissance de Dieu.

Et c’est ainsi que l’ingénuité quitta le monde, et que Mensonge et Arrogance prirent sa place, devenant eux-même le feu fondamental, le grand  bang de la culture future de l’humanité.

 

 

 

 

 

 

 

 

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